Le blog de Cédric Haution

"Celui qui déplace la montagne, c'est celui qui commence à enlever les petites pierres." Confucius

lundi 19 mai 2008

Mardi 27 mai, je vais débattre de Mai 68 !!

Visuel_mai_68Dans le cadre des manifestations consacrées au 40ème anniversaire de mai 68 (pgm_mai_68), la Ville de Montpellier vous invite à une

projection – débat autour

du documentaire « 68 » de Patrick ROTMAN (2008, 1h 35),

le mardi 27 mai à 20h, salle Rabelais (plan si besoin).

Parce qu'il y a quarante ans, une jeunesse éprise de liberté déferle dans la rue et prend la parole pour s’inventer un monde meilleur. Poing levé et verbe haut, étudiants et travailleurs desserrent brutalement la chape de plomb d’une société conformiste et font vaciller le pouvoir à coup de manifestations, de barricades, de grèves et d’occupations d’usines.

A partir d’archives rares, illustrant les révoltes qui ont alors éclatées partout dans le monde, le documentariste Patrick ROTMAN revient sur cette année mythique qui allait transformer en profondeur notre société. 

Quarante ans après, quel sens donner aux évènements de l’année 68 ? Quels échos nous parviennent de ces luttes ? Comment ont-elles irriguées notre société ? Témoignages d’acteurs de mai 68 et débats avec les citoyens engagés d’aujourd’hui nous invitent à bâtir une réflexion collective autour de l’actualité de cet héritage.

Avec (sous réserve je pense) :

Mme Hélène MANDROUX, Maire de la ville de Montpellier ;

M. Paul ALLIES, Professeur de Sciences Politique à l’Université Montpellier 1, Conseiller Régional ;

Melle Sophie BINET, Vice-présidente de l’UNEF ;

M. Michaël DELAFOSSE, Adjoint au Maire, délégué à l’action culturelle ;

M. Jean HILLAIREAU, Artiste, co-fondateur en 68 de l’atelier populaire de l’école des Beaux-arts de Paris ;

Mme Josette SAINTE MARIE, ancienne Chercheuse au CNRS, Présidente du planning familial de l’Hérault ;

M. Henri TALVAT, ancien Adjoint au Maire, délégué à l’action culturelle.

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dimanche 11 mai 2008

“La présomption de dangerosité et la figure du fou dangereux”

à lire d'urgence !!!panneau_attention

Il faut bien comprendre le passage de l'idée de sanction quant à la culpabilité à celle de sanction quant à la dangerosité. Il ne faut plus nécessairement des faits pour être sanctionner. Quelle est donc la société que cette droite extrême bâtit ? Il ne faut pas rester sans réfléchir sur ces mutations dramatiques de sens et pour l'avenir du Vivre ensemble et de la démocratie. Lisez vite cette excellente note “La présomption de dangerosité et la figure du fou dangereux” de la politologue Pauline RHENTER.

télécharger la note

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vendredi 9 mai 2008

Serge Portelli (magistrat) sur le thème “nouvelles punitions, nouvelles surveillances”

Vu sur le site du think tank LA FORGE

 

forge

 


Serge Portelli est l’auteur de plusieurs ouvrages dont “Récidivistes. Chroniques de l’humanité ordinaire“, Grasset, 2008, “Ruptures“, publié en 2007 sur www.betapolitique.fr , “Traité de démagogie appliquée. Sarkozy, la récidive et nous“, Michalon, 2006. Il était l’invité de la Forge pour débattre du sujet “nouvelles surveillances, nouvelles punitions” à l’initiative du groupe de travail “Cultures et libertés, pour une société du libre arbitre”.



L'invité de la Forge : Serge PORTELLI (magistrat)
envoyé par la-forge


Nouvelles punitions, nouvelles surveillances
La thématique de l’insécurité a pris une force particulière aux dernières élections françaises cependant que la recherche sociologique démontre l’écart entre l’obsession sécuritaire et les menaces objectives pesant sur les biens et les personnes dans notre société (1). Robert Castel rappelle toutefois que cette thématique traduit un rapport à l’Etat intrinsèquement contradictoire : « l’Etat de droit ne peut que décevoir cette demande de protection totale car la sécurité totale n’est pas compatible avec le respect absolu des formes légales » ; « Un Etat démocratique ne peut être protecteur à tout prix parce que ce prix serait celui de l’absolutisme du pouvoir d’Etat »(2) .

L’adoption d’un certain nombre de réformes semble signer la déconstruction progressive d’un socle historiquement constitué de principes à valeur supérieure régissant le droit français. Ces principes, que vous évoquez dans votre ouvrage Ruptures (séparation des pouvoirs, non rétroactivité des lois, atténuation de la responsabilité pénale des mineurs, respect de la vie privée, individualisation de la peine, présomption d’innocence, droit d’asile…) seraient remis en cause au point de bouleverser l’économie générale du droit. Ces « ruptures » interrogent dans le même temps la conduite d’une politique dont la charge essentielle consisterait à référer à des discours dits experts pour légitimer l’identification de populations cibles assimilées aux « classes dangereuses » (3) , produire les outils d’un repérage confinant au fichage et créer des dispositifs inédits de gestion de la déviance, objectifs chiffrés à l’appui. Certaines catégories de populations (les malades mentaux, les étrangers, les pauvres) se verraient dès lors « pénalisées » a maxima, ou « présumés dangereux » a minima, en face de leurs doubles inversés (les « entrepreneurs » bénéficiant de la dépénalisation relative du droit des affaires, les victimes de la délinquance, les victimes de discriminations).
L’hypothèse d’une fissuration du socle de valeurs fondamentalement démocratiques ayant imprimé durablement l’ensemble normatif français procède à notre sens d’une conception selon laquelle ON PEUT et ON DOIT déduire le droit du fait. Une telle conception entretient une double illusion: d’une part, elle postule l’univocité de l’expertise appliquée à la réalité sociale et d’autre part, elle nie le statut du politique, en tant qu’il organise un espace de confrontation de valeurs concurrentes. Quelle idéologie politique – qui en refuse les attraits – cette conception légitime-t-elle ?

Question 1 : Quelle conception politique les nouvelles punitions et surveillances légitiment-t-elles ?
Question 2 : De quelle conception de l’ordre social et de l’ordre public les réformes récentes relèvent-elles ?
Question 3 : En quoi s’insèrent-elles dans une vision libérale de l’Etat (conception de la liberté, interventionnisme de l’Etat) ?
Question 4 : En quoi les réformes récentes entretiennent-elles une confusion entre la compréhension des inégalités sociales et la moralisation des conduites individuelles ?

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mercredi 7 mai 2008

De l'impôt, des heures supp, et du fouttage de gueules de certains "opposants" à Sarkozy

imp_tsBon moi je veux bien le débat, mais les gens qui tapent sur Sarkozy et qui se permettent de dénoncer la "pression fiscale", il faut arrêter de se fouttre du monde !

Je fais référence au commentaire d'impots-utiles. Très bien, ils se veulent les garants de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et mettre en oeuvre leur droit à avoir un oeil avisé et demander des comptes sur la dépense publique. Sauf qu'ils ne veulent en fait que faire baisser les impôts !!

Sous couvert de taper sur Sarko, on dirait un peu la sauce extrême droite (on dirait j'ai bien dit, car je ne sais pas vraiment qui ils sont) qui veut toujours moins d'Etat et toujours moins d'impôt. Moi je dis NON et je persiste et signe en renvoyant vers la pétition dont je suis signataire lancée par Alternatives Economiques : Pourquoi nous consentons à l’impôt (mise en ligne sur mon blog le 18 février 2007)

Et alors nous faire le coup de : "meme si les employés ont pour la plupart pu bénéficier des avantages liés aux heures supplémentaires", là je me marre et je les renvoie à leurs études avec une première référence journalistique du journal Les Echos qui n'est pas le journal le plus gauchiste en matière économique non plus (et il ne s'agit que du 1er bilan.., j'ai eu la flemme de chercher quelque chose de plus pertinent et d'actualité) : "Premier bilan en demi-teinte pour les heures supplémentaires détaxées".

Alors merci de taper sur Sarko, ça fait pas de mal. Encore faut-il savoir pourquoi, pourquoi faire à la place. Moi j'ai choisi mon camp : la Gauche, le progrès, la redistribution des richesses notamment par l'outil indispensable qu'est l'Impôt.

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mardi 6 mai 2008

MJS 34 : Sarkozy, 1 an d'illusion, 1 an de régression

Communiqué de presse du MJS 34

logo_mjs34Montpellier, le 5 mai 2008

Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat, le Mouvement des Jeunes Socialistes de l’Hérault dénonce la régression sociale dont sont victimes les français, à l’image de l’augmentation des inégalités et de la baisse du pouvoir d’achat.

Le Président de la République n’a pas su apporter de réponse à la crise économique, sociale et environnementale que traverse notre pays. Pire, les mesures du gouvernement prises en faveur des plus riches comme le paquet fiscal ou l’instauration de franchises médicales ont contribués à creuser les inégalités.

Un an après son élection, il est temps que Nicolas Sarkozy rende des comptes aux français qui vivent des moments difficiles. Le Mouvement des Jeunes Socialistes de l’Hérault revendique la suppression du paquet fiscal, ainsi que le droit à la santé pour tous et la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité.

Parce qu’il n’y a pas de fatalité, les socialistes engagent le débat sur des propositions alternatives afin de garantir les droits de chacun. Nous attendons une réaction forte de la part du gouvernement et nous resterons vigilant quand à l’interprétation de nos propositions.

à voir sur www.mjs34.fr

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dimanche 4 mai 2008

Sarkozy, je t'invite au cinéma !! (Les hauts murs)

"Les enfants ne naissent pas criminels"

Ce film décrit l'univers d'une Maison d'Education surveillée dans les années 1930, le tout dans une atmosphère carcérale des plus oppressantes : harcèlement moral ou sexuel, violence verbale et physique... Rien ne manque. Le film démontre ainsi que les enfants ne naissent pas criminels, mais que leur environnement peut les conditionner à le devenir. Et l'action pourrait se situer à n'importe quelle période de l'Histoire, elle reste, hélas, encore d'actualité.


hautsmurs_1

"Aucun gosse ne vient au monde méchant.

Mais s'ils sont tarets ou anormaux, ils relèvent de l'autorité médicale et non des colonies pénitentiaires.

Pour les autres, la responsabilité en incombe aux parents... quand ils existent. Oui aux parents, aux parents qui ne veulent pas se charger de leurs enfants, aux parents qui ne cherchent pas à les élever et préfèrent les voir enfermer.

De quel droit et au nom de quels principes sociaux l'Etat laisse-il brutaliser les enfants ?"

 

LES HAUTS MURS
Un film de Christian Faure
Avec Carole Bouquet, Catherine Jacob, Michel Jonasz, Emile Berling, Guillaume Gouix, Julien Bouanich
Durée : 1h35
Date de sortie : 30 avril 2008

Pour Yves Tréguier, quatorze ans, la France des années 30 est celle des maisons de correction, qui ont tout du bagne pour mineurs : son statut d'orphelin a suffi à le faire placer dans une « Maison d'éducation surveillée », bâtisse austère entourée de hauts murs.
Du jour où il y met les pieds, Yves n'a plus qu'une idée en tête : échapper à la violence, s'enfuir, et rejoindre un port où il embarquera pour New York.



Les hauts murs

Attention, la droite extrême incarnée par Sarkozy est en train de mettre au ban les principes fondateurs de notre République. Ne les laissons pas continuer ! Bientôt il sera trop tard pour l'Ordonnance de 1945 (même si elle doit peut-être être revue suite aux nombreuses modifications). Il faut conserver le principe de la primauté de l'éducatif sur le répressif, surtout pour les mineurs. Rappelons que cette Ordonnance est née au sortir de la guerre car beaucoup de députés de la République avaient eu l'occasion de se rendre compte du milieu carcéral du fait de leur propre enfermement.

Battons nous pour la République, battons nous pour la France !

 

Pour cela, viens relever la gauche, viens refonder la gauche de demain !

nps


Tu veux une gauche de gauche, exprime toi et

rejoins-nous pour bâtir un Nouveau Parti Socialiste.

 

Après il sera trop tard...

à lire : les évolutions de l'Ordonnance de 1945 relative à la délinquance des mineurs


 

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jeudi 1 mai 2008

"Pourquoi le socialisme ?'...

En ces temps où le doute s'installe dans l'opinion, où les socialistes donnent parfois l'impression de perdre leur âme militante, je vous propose de relire ce texte que je trouve extraordinaire d'Albert Einstein. En ces temps où chacun prétend posséder (sa part de) la vérité, je pense qu'il est bon de donner une leçon de relativité par le maître en la matière. Scientifique plus que reconnu, militant sans vraiment le savoir pour un monde meilleur même si ses recherches furent détournées de leur but initial, Albert Einstein explique à travers cet écrit pourquoi il pense que le socialisme est l'idéologie, le projet de société, auquel il croit pour les générations futures, pour assurer la paix sociale et la régulation de l'économie notamment.

Bonne lecture.

Pourquoi le socialisme ?, par Albert Einstein.

Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

einsteinConsidérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été ó comme on le sait bien ó largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorsteineinstein2 Veblen appelait " la phase de rapine " du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.

En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et ó si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux ó sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.

D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : " Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ? "

Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?

Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.

L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de " société " signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société ó dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle ó qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la " société " qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de " société ".

einstein3Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu de la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé ó exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les úuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.

L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif ó non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production ó c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital ó pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler " ouvriers " tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est " libre ", ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants: premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de " contrat de travail libre ". Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme " pur ".

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une " armée " de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’un façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.

Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?

Albert Einstein, " Pourquoi le socialisme ? ", Conceptions scientifiques, morales et sociales, Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion, Paris, 1952, pp. 125-132.

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